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Mardi 9 Février 2010, Ste Apolline
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Vous êtes chez Charlie. J'ai 35 ans et je partage ici ma façon de voir la vie...

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N’hésitez pas à laisser des commentaires : le commentaire est au blogueur ce que la petite monnaie est à la boulangère.
Et si vous voulez vraiment me faire plaisir, il y a toujours une autre possibilité...

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Une valeur inestimable

Mercredi 27 Janvier 2010 à 12:42

Publié par charliebregman dans One man show

J'ai toujours perdu tous mes moyens face aux choses qui valent beaucoup d'argent. Déjà toute petite, je me pissais dessus quand on m'asseyait sur les sièges en cuir de la Bugatti de mon grand-père, et j'étais prise de violentes diarrhées lorsqu'on me brandissait devant la bouche, la cuillère en or destinée à me servir le petit pot de yaourt nécessaire à ma croissance.

Je ne l’ai jamais fait exprès. C’était plus fort que moi. Quelque chose d’instinctif de l’ordre de l’exacerbation respectueuse. Il suffisait que l’on me mette en contact avec quelque chose de cher pour que je ne sois plus capable de maîtriser le moindre de mes gestes.

Je me souviens d’ailleurs particulièrement du soir où l’on me présenta à la reine d’Angleterre, lors d’une de ces soirées mondaines auxquelles les membres de ma famille avaient coutume d’être conviés. Pétrifiée de stress de peur de faire quelque chose de mal, à la limite de l’évanouissement au moment où celle-ci s’approcha pour me faire la bise, ma mâchoire se desserra machinalement et dans un claquement aussi rapide que celui d’un crocodile saisissant l’oreille d’un gnou qui était en train de se désaltérer, je lui arrachai pratiquement la moitié du lobe de l’oreille droite, avalant au passage, un demi-million de livres sterling de pierres précieuses.

A l’école, plus tard, à l’apprentissage de la lecture, aucun incident de ce genre ne fut à déplorer jusqu’à ce que la maîtresse n’exigea de nous que l’on apprenne à se servir d’un stylo à plumes. Lorsque je remarquai que le mien n’était pas moins qu’un stylo Mont-Blanc doré à l’or fin, je fus incapable d’aligner le moindre mot pendant plusieurs semaines, durant lesquelles on me présenta d’imminents spécialistes pédiatres, psychlogues, psychiatres, astrologues, guérisseurs et autres charlatans qui n’avaient pas d’autre mot à dire que « il faudrait que je la vois au rythme de trois séances par semaine minimum, vous êtes prêts à débourser combien ? »

Un jour, cependant, l’un d’eux, se sentant sans doute plus concerné que les autres, eut l’idée de remplacer mon stylo et mon encre par un pinceau et de la peinture. En moins de dix minutes, on m’étiquetta « artiste géniale » et on ne cessa de m’encourager dans la voie du dessin et de l’expression artistique.

Voilà pourquoi, hier, je me suis retrouvée au plus grand musée de l’Art de la ville de New York, le Metropolitan Museum of Art, face à des centaines d’œuvres d’une valeur inestimable, au cours d’une visite obligatoire imposée par mon cursus d’études en Histoire de l’Art.

Bourrée d’anxiolytiques depuis une semaine, afin de m’apaiser le corps ainsi que l’esprit de tout geste malencontreux au sein d’un musée de renommée internationale, je parvins à me concentrer sur le cheminement de ma visite pendant plus de deux heures. Mais, au moment où je commençais enfin à éprouver de la fierté à être parvenue à un tel niveau de maîtrise de soi, face à l’œuvre de Picasso intitulée Acteur, je perdis pied.

— Cette œuvre, estimée à 130 millions de dollars, fait partie de la période rose de l’artiste… expliquait notre guide.

Cent trente millions de dollars… Cent trente millions de dollars… MILLIONS DE DOLLARDS… Je ravalai la salive de ma gorge sèche et commençais à éprouver les prémisses de la perte de contrôle, qui se manifestent généralement par l’incapacité à pouvoir articuler le moindre mot, les mains moites, l’accélération cardiaque et l’arrivée soudaine de violents vertiges.

En moins de temps qu’il n’en faut pour vous le décrire, dans une impression de perdre l’équilibre, j’avançais un pas pour m’empêcher de tituber, et me vis inéluctablement projetée contre la toile.

Dans un réflexe aussi insolite qu’incongru, ma main gauche, munie d’un stylo à billes assassin, se rattrapa à la toile, la déchirant sur plus de quinze centimètres de long.

Ce n’est qu’une fois à terre que je pris conscience de l’ampleur de mon geste. Le regard horrifié des autres étudiants me fit comprendre que je n’étais pas la seule à ne pas avoir la moindre égratignure.

 

Inspiré d'une actu réelle : Picasso déchire, les étudiants aussi.

 

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Tags associés : picasso, toile déchirée, metropolitan museum of art new york, perte de contrôle

Trop cher

Mercredi 27 Janvier 2010 à 11:25

Publié par charliebregman dans Dialogues de sourds

 

— Non, non, non et non. Il est gonflé, tout de même ! Nous avions convenus un tarif qui allait très bien et il ose me faire parvenir une augmentation de plus de 50% ? Il est fou, ou quoi ? Ah, ces jeunes ! Ils sont à côté de la plaque. Ils veulent tout gagner tout de suite. Pas six mois qu’il est à son compte, et il a la prétention de s’aligner avec la concurrence… Voyons, voyons… Qu’est-ce qu’il écrit, déjà ? Il reste 30% moins cher que la concurrence ? Ah ah ! C’est ça, c’est ça…

— C’est vrai, j’ai vérifié sur le site. Il est moins cher.

— Oui mais c’est pas comparable, il est auto-entrepreneur, lui !

— Ben non, il passe en Portage de salaire. Il va être taxé à 50% comme nous…

— Ah oui mais même. Je ne peux pas lui filer 8000 euros pour un mois de boulot, voyons !

— Tu veux faire comment ? On a personne à mettre sur le dossier, en interne, je te l’avais dit qu’on a trop licencié de gens…

— C’est pas grave, on va rembaucher. Si on prend des petits jeunes mal renseignés et pas beaucoup formés, ça restera une très belle opération.

— Tu vas pas donner les plans d’exe de notre première opération de promotion immobilière à un petit jeune, quand même ?

— Hum…

— On a pas le choix de lui dire oui, tu le sais bien. Après tout, la vente sur plans s’est bien passée, on ne prend pas beaucoup de risques, sur cette opération.

— Voyons voyons… 3500 mètres carrés à 2200 euros le mètre carré environ, ça fait 7,7 M€. Revendus à 3500 mètres carrés par 4200 euros le mètre carré, ça fait 14,7 M€… Ce qui fait une marge de 7 M€. A déduire : le prix du terrain et le coût des études diverses, le temps passé et les heures des salariés, les honoraires des agents immobiliers, en étant pessimiste, ça fait 5 M€ de marge à se partager entre nous deux… Mouais…

— Il en reste pas mal, non ?

— Ben, si tu tiens compte qu’on ne touchera pas l’argent avant l’année prochaine, ça fait pas tant que ça…

— Tu veux chercher un autre sous-traitant ?

— On va voir ce qu’on peut faire en interne. On a qu’à leur mettre la pression et leur faire miroiter la prime sur le PEE en fin d’année. Avec le temps qu’ils passent à la machine à café, je suis sûr qu’on doit pouvoir résoudre ça à moindre coût. Tu t’en occupes ?

— Comme tu veux. J’appelle Yvan.

— En plus, comme on était passés aux trente-cinq heures et qu’il va falloir repasser aux trente-neuf, ça va nous coûter de l’argent. Non non, il faut vraiment minimiser les frais. Il n’a qu’à revoir ses tarifs, le Charlie, s’il veut continuer à bosser avec nous. Tu te rends compte que ce qu’il demande, c’est 0,1% du montant global des travaux ?! Niet. Ça va lui faire du bien, de cogiter un peu. Il va regretter d’avoir voulu voler de ses propres ailes. C’est une bonne leçon à lui donner, et si tout va bien, dans six mois, il vient nous supplier de le rembaucher. Et là, mon ami, crois-moi que ce ne sera pas au même salaire qu’avant !

— T’es un génie.

— Tu crois qu’on devient patron par hasard ?!

 
 
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Tags associés : capitalisme, profits, croissance, négociations, ambition

L'émotion vient du futur

Mardi 19 Janvier 2010 à 11:23

Publié par charliebregman dans La pensée du jour

Avec ça, vous serez contents !
Nous serons contents, vous serez contents, oh là là, qu'est-ce qu'ils sont contents...
Contentez-vous d'être contents ! Au moins, vous serez heureux.

 

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Tags associés : bonheur, futur, retour vers le futur, vœu

Vous ne fêtez pas le réveillon ?

Mercredi 31 Décembre 2008 à 11:09

Publié par charliebregman dans Nouvelles donnes

 

Quand mon patron m’a demandé si je voulais bosser le 31, je lui ai dit non merci, sans façon, je suis associal. Désolé, j’aime pas mes collègues, et si c’est pour les entendre se glorifier de leurs commandes de foies gras, de champagnes rosés ou de leurs réservations aux meilleures tables du Guide Michelin, je préfère poser un jour de congé.
Le patron est quelqu’un de conciliant. Il est très gentil. Depuis qu’il m’a confié le dessin de sa villa privée de douze cent mètres carrés habitables, dans laquelle rien que le hall d’entrée et il a pris l’habitude de ne jamais me pousser à la contrariété. Il a dit :
— Vous faites quoi, le trente-et-un, Bregman ?
Si je n’aime pas les manifestations de fausses joies en plein air, les bisous de trente-et-un et les hypocrites vœux de bonne santé, j’aime encore moins répondre aux questions sans intérêt.
— J’ai prévu de réfléchir à vos détails d’acrotères, j’ironise.

Mon patron lâche un éclat de rire. Avec le temps, j’ai appris que c’est ainsi qu’il valorise ses bons éléments.
— Vous ne fêtez pas le réveillon ?
Un patron qui insiste lourdement devient gênant ; un employé qui résiste obstinément frise l’insolence.
Moi, l’insolence, avec l’âge, elle devient mon meilleur porte-voix :
— Je me réserve pour l’inauguration de votre villa ! Il y aura des feux d’artifice, j’espère !
— Cela dépendra du chiffre que nous réaliserons cette année… trouve-t-il comme échappatoir.
— Raison de plus pour faire des économies. Si 2009 doit être l’année de la restriction, autant jouer la carte de la prévoyance dès maintenant !
— Vous ne voulez pas fêter la fin de l’année écoulée ?
— La fêter pourquoi ? 2008 a été une année de merde. Je ne vais quand même pas faire semblant de vouloir profiter de ses derniers instants parce que c’est politiquement correct de se murger jusqu’à plus soif, de se raconter des vannes à deux balles et de se sauter au cou après le compte à rebours général de minuit, non ? Désolé, j’ai jamais aimé les rendez-vous de bonheur programmés à l’avance. Généralement, ça sent l’arnaque, ce genre de trucs.
— Fêtez au moins l’arrivée de la nouvelle année, alors, puisque vous êtes pressé de quitter 2008 !
— Hum, hum…
Inutile de déblatérer pendant deux plombes, ça va encore être au détriment de mon emploi du temps. Ce que j’aimerais vraiment lui répondre, c’est : « Si vous me signez un papier comme quoi vous me doublez le salaire sur les six prochains mois et que vous me licenciez pour mon anniversaire, ça peut s’envisager… »
Mais ça, ça ne se dit pas.
Moi, le trente-et-un, je ne prévois rien.
Pas de repas gastronomique, pas de fiesta en boîte de nuit hors de prix avec des gros beaufs qui chantent en se donnant la main et en s’embrassant toutes les deux minutes en se disant qu’ils sont vraiment potes, pas de recherche de partenaire de dernière minute ni de plans sur la comète avec des nanas qui te font les yeux doux alors qu’elles viennent de vomir aux toilettes, pas de bombardements pré-programmés de sms en plein réseau saturé, pas de serpentins, pas de confettis, bref : pas très festif, le gars.
Moi, le trente-et-un, c’est couché à vingt heures trente pétantes.
Sinon, le lendemain, les résolutions de la nouvelle année, comme se lever à six heures pour aller courir, je n’arrive jamais à les tenir.




Tags associés : réveillon, nouvel an, résolutions, hypocrisie, beaufrerie

Rendez-vous chez l'ophtalmo

Samedi 29 Mars 2008 à 11:05

Publié par charliebregman dans Dialogues de sourds

 

Mon patron ne veut rien entendre.
A seize heures, j’ai besoin d’une pause café. Il ne faut pas m’en vouloir mais sans cette pause café de seize heures, je ne décolle pas la rétine de mon écran et j’ai les yeux qui se mettent à scintiller comme des étoiles. Et à partir de ce moment-là, je ne suis plus une lumière. Quand il s’agit d'envoyer un plan sur le traceur, c’est comme si je lançais à l’aveuglette. Il y a même certains regards d'eaux pluviales qui sortent tout noirs. On a beau les éclairer des meilleurs projecteurs ou essayer de voir les grilles des tampons au travers, rien n’y fait : on n’y voit rien !

Ma collègue ne peut pas s’empêcher de prendre ma défense :
— Il a mal aux yeux, Patron !
Elle m’a tapé dans l’œil, ma collègue. Au premier coup d’œil, j’ai su que cette fille-là, elle est lumineuse comme l’éclair ! Et quand j’ai aperçu au fond de son décolleté qu’elle ne porte pas de soutien-gorge, j’ai vraiment perdu un œil ! Depuis, je n’arrête pas de lorgner de son côté.

Or, son poste, il est tout juste dans mon dos, et la seule façon de visualiser au moins sa silhouette, c’est de mater le reflet de mon écran noir.
— Tu as encore planté ? il me demande, le Patron, quand il passe derrière moi.
J’ai pas planté : j’ai une belle plante derrière moi, c’est tout…
— Je ne l’ai pas encore allumée… je réponds.
— L’ordinateur ? Tu n’as pas encore allumé l’ordinateur ? Et tu attends quoi ?

Bah. Rien. C’est bon… Je l’allume, son ordi. On ne va pas en faire une montagne !

Les collègues, moqueurs : « Il y voit de moins en moins ! Il n'a même pas vu que l’écran n’était pas allumé ! Ah ah ! »
Le patron : « C’est quand, ton rendez-vous à la médecine du travail ? »

Alors voilà, monsieur le médecin du travail, je suis dans votre bureau, vous me demandez ce qui ne va pas avec mes yeux, et je vous réponds franchement :
— Je ne vois pas passer mes journées, je vois midi à ma porte, et mon travail, je ne peux plus le voir même en peinture ! Je vois la vie en noir… et je ne suis pas une lumière ! Je ne vois jamais guère plus loin que le bout de mon nez, on n’arrête pas de se moquer de moi, et je n’y vois que du feu…
Ce à quoi, le médecin, il n’a rien d’autre à me répondre :
— J’entends bien…
Et puis il me montre le mur, là, derrière lui, et il me fait :
— Mais là, ce qu’il y a d’écrit, sur ma plaquette, vous arrivez à le lire ?

Elle est belle, sa plaquette.
On dirait ma collègue de bureau, tellement qu’elle est belle…
— Sur le string, vous voulez dire ?
— Le string ? Quel string ?!
— Ah ?... Elle n’a pas de string ?



Tu veux faire un vrai test de vue ?



Tags associés : ophtalmo, rendez-vous, perturbations au travail, taper dans l'œil

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